Le test

Comment se passe un dépistage de la dyscalculie

En synthèse

Un adulte et un enfant, devant un même écran, pendant moins d'une demi-heure. L'adulte pose les questions à voix haute et note d'un clic si la réponse est correcte ; l'enfant, lui, ne voit jamais s'il a réussi ou échoué. À la fin, le rapport est écrit.

Qui peut le faire passer

MathEval est un test individuel : il se fait passer par un adulte, à un enfant, l'un à côté de l'autre. Il a été conçu pour des professionnels — psychologues, logopèdes (orthophonistes), enseignants, personnel des centres PMS ou des services d'aide — parce que le rapport final est un document clinique, qui s'interprète.

Le test étant en ligne et d'accès libre, rien n'empêche un parent de le faire passer ; les trois raisons de préférer, quand c'est possible, l'école, le centre PMS ou un logopède sont expliquées sur la page À la maison.

Ce dont vous avez besoin

  • Un ordinateur ou une tablette — pas un téléphone (pourquoi : voir Commencer).
  • Une demi-heure et un endroit calme, sans va-et-vient.
  • Un enfant francophone. Le test n'existe qu'en français, et ce n'est pas un manque de traduction — l'explication est plus bas.
  • Rien à installer : le test s'ouvre dans le navigateur.
  • Et, avant la première passation, le tutoriel : une dizaine de minutes, seul, pour voir chaque écran avant de le montrer à un enfant.

Le déroulement, étape par étape

  1. Les coordonnées de l'enfant. Nom, prénom, sexe, niveau scolaire et date de naissance. Ces informations servent à comparer l'enfant aux enfants de son âge et de son niveau d'enseignement : sans elles, pas de résultats normés.
  2. Le choix du parcours. Le test complet, ou un parcours réduit lorsque seuls le calcul et le transcodage vous intéressent — par exemple pour revoir un enfant déjà testé.
  3. Les épreuves s'enchaînent. À chaque écran, une consigne s'affiche : vous la lisez à voix haute à l'enfant, il répond oralement, et vous indiquez si la réponse est correcte. Clic gauche si c'est réussi, clic droit sinon. C'est tout ce que vous avez à faire.
  4. Le logiciel choisit la suite. À chaque étape, il choisit la question suivante en fonction de deux choses : le niveau scolaire de l'enfant, pour partir de son niveau supposé, et ses réponses précédentes, pour s'ajuster à son niveau réel — une réussite mène à une question plus difficile, un échec à une question plus facile. Deux enfants du même niveau scolaire ne passent donc presque jamais le même parcours. C'est ce qui distingue MathEval de la plupart des outils de dépistage, qui sont des tests papier linéaires où les questions sont posées dans un ordre fixé à l'avance ; c'est aussi ce qui rend la passation courte, et ce qui explique que le rapport dise, quand une épreuve est écartée, quelle règle a conduit à ne pas la poser.
  5. Le rapport s'ouvre à la fin, écrit, à l'écran — prêt à imprimer ou à enregistrer en PDF.

L'enfant ne sait pas s'il a réussi. Rien à l'écran ne le lui dit — aucun mot, aucune couleur, aucun son. La zone où vous cliquez est neutre et porte le seul mot « Réponse ». C'est délibéré : un enfant qui se voit échouer trois fois de suite se décourage, et la suite de la passation ne mesure plus grand-chose.

Un système expert ne dispense pas d'analyser

Un système expert ne dispense pas d'analyser. Le rapport énumère des informations et des pistes d'interprétation ; il ne pose aucun diagnostic. Les résultats doivent être recoupés avec ce que l'on sait par ailleurs de l'enfant — intellectuel, affectif, social — ne fût-ce que pour écarter des causes extérieures ou un trouble non spécifique. Ils s'analysent comme ceux de n'importe quel test, informatisé ou non.

Coter avec bon sens

Le fait de passer par un ordinateur ne devrait rien changer à la façon de coter. L'ordinateur sert d'intermédiaire ; il ne remplace pas l'examinateur pour juger de la qualité d'une réponse. On a pourtant tendance, sans doute à cause de l'aspect « sérieux » de la machine, à coter plus sévèrement une question posée par un logiciel que la même question posée sur papier.

Ce que l'on cherche à atteindre, c'est la compétence de l'enfant, et l'on n'y accède qu'à travers sa performance. Il faut donc rester attentif à ce qui parasite une réponse sans relever de ce qu'on évalue. En cas de doute — et seulement en cas de doute — reposer la question.

Premier exemple. « Jusqu'où sais-tu compter ? » Il n'est pas rare, en maternelle, qu'un enfant commence et s'arrête net. Un examinateur expérimenté sent quand il ne faut pas s'en tenir à la première réponse, et quand il est inutile d'insister. Le programme ne peut rien pour lui dans ces cas-là. Concrètement : « C'est très bien, mais je suis sûr que tu peux compter plus loin ; vas-y, compte le plus loin possible sans t'arrêter. »

Second exemple. Il ne faut pas pour autant autoriser systématiquement une seconde tentative. En calcul mental, ce serait absurde. Mais si, à « combien font 2 + 3 ? », l'enfant répond « 2 + 4, ça fait 6 », il faut évidemment répéter la question : son erreur ne vient pas du calcul mais de ce qu'il a entendu. Si en revanche rien ne laisse penser qu'il a mal compris, enregistrez l'erreur sans hésiter — d'autres questions de difficulté comparable suivront presque toujours.

Ce qui est évalué

Six domaines, dans l'ordre où l'enfant les rencontre : la chaîne numérique, la quantification, le sens des nombres, le calcul mental, le transcodage et — dans la version étendue — la numération décimale. Chacun est décrit épreuve par épreuve, avec la raison pour laquelle elle est posée, sur la page Ce que le test évalue.

Pourquoi le test n'existe qu'en français

Le test n'existe pas dans une autre langue, et ce n'est pas faute d'y avoir pensé. Trois raisons s'y opposent, dont aucune ne tient à la difficulté de traduire des phrases.

La consigne est le test. Ce que l'examinateur dit à l'enfant, au mot près, fait partie de l'épreuve : c'est ce qui garantit que deux enfants dont on compare les scores ont bien reçu une épreuve identique. Une consigne reformulée, fût-ce fidèlement, n'est plus tout à fait le même item.

Le transcodage porte sur la langue elle-même. Écrire un nombre dicté met à l'épreuve la manière dont cette langue nomme les nombres. Le français a ses pièges propres : l'inversion des chiffres, qui fait écrire 13 pour « trente et un », et les zéros qui ne s'entendent pas — « cent cinq » s'écrit 105, « mille cinquante » s'écrit 1050, et rien dans les mots prononcés ne dit combien de zéros écrire ni où. Chaque langue a les siens : l'anglais est régulier au-delà de vingt, le néerlandais et l'allemand inversent dizaines et unités. Les items ont été construits pour les difficultés du français ; dans une autre langue, ils ne mesurent plus la même chose.

Les étalonnages viennent d'enfants francophones, scolarisés en Belgique. Un score ne prend son sens qu'en étant comparé à ceux d'enfants comparables. Même parfaitement traduit, le test rendrait des normes qui ne s'appliqueraient pas.

Adapter MathEval à une autre langue supposerait donc de réécrire les items pour cette langue, puis de refaire un étalonnage sur cette population. C'est un travail de recherche, pas une traduction. Il n'est pas exclu — la proposition est la bienvenue, et la licence du test réserve les adaptations à un accord écrit précisément pour qu'elles se fassent dans de bonnes conditions.

En attendant, les pages de ce site se traduisent d'elles-mêmes : le sélecteur de langue, en bas du menu, bascule le site dans la langue du visiteur, ce qui suffit à comprendre ce qu'est le test et à qui il s'adresse. La passation, elle, se fait en français, avec les consignes telles qu'elles sont écrites — et le test lui-même n'est volontairement pas traduisible.

Combien de temps

Moins d'une demi-heure, de la première question au rapport rédigé. C'est court pour un dépistage de cette étendue, et c'est voulu : au-delà, un enfant de cinq ou six ans fatigue, et ce qu'on mesure n'est plus son niveau mais sa lassitude.

Ce que contient le rapport

  • Un texte rédigé, en phrases, qui décrit ce que l'enfant réussit et ce qu'il rate, domaine par domaine.
  • Un tableau de résultats normés : le score brut, le centile, et un score standardisé situant l'enfant par rapport à ceux de son âge et de son niveau d'enseignement.
  • Le détail des questions posées et des réponses données — utile pour vérifier une cotation, et pour reprendre un point précis avec l'enfant.

Voir un exemple de rapport complet — produit par le test à partir des réponses d'un enfant fictif ; le nom est inventé, il ne s'agit d'aucun enfant réel. La page Le rapport détaille ce qu'on y trouve.

Et ensuite ?

Le rapport dit lesquelles des compétences numériques de l'enfant sont en place et lesquelles ne le sont pas. C'est ce qui le rend utile au logopède, au neuropsychologue ou au psychologue qui prendra la suite : il lui montre les domaines à explorer en priorité, et ceux qu'il peut laisser de côté.

Si les résultats sont dans la moyenne, c'est une information utile aussi : la difficulté observée en classe a alors probablement une autre cause, qu'il vaut la peine de chercher ailleurs.

Un dépistage n'est pas un diagnostic : pourquoi, et ce qu'il faut avoir écarté avant de parler de trouble, est expliqué sur la page Portée et limites.