Dépistage
Repérer une dyscalculie chez un enfant de 5 à 8 ans
Un enfant qui compte correctement peut malgré tout ne pas savoir combien il y a d'objets devant lui. C'est ce genre d'écart, et non la lenteur ou les erreurs de calcul en elles-mêmes, qui doit attirer l'attention. Cette page décrit les signes observables entre 5 et 8 ans, la manière de distinguer une difficulté passagère d'un trouble durable, et ce qu'il est utile de faire ensuite.
Ce qu'est la dyscalculie, et ce qu'elle n'est pas
La dyscalculie est un trouble durable de l'apprentissage de la mathématique, qui touche le traitement du nombre lui-même : comprendre ce qu'est une quantité, la comparer, la nommer, l'écrire, la manipuler. Elle n'est pas un retard que le temps rattrapera de lui-même, ni un manque de travail, ni un problème d'intelligence générale — un enfant dyscalculique peut être excellent ailleurs, y compris en lecture.
La recherche récente ne la décrit d'ailleurs pas comme un trouble unique. Elle recouvre plutôt des difficultés distinctes, variables d'un enfant à l'autre : deux enfants dyscalculiques n'échouent pas nécessairement aux mêmes choses. C'est la raison pour laquelle un dépistage utile ne se contente pas d'un score global, mais regarde où précisément l'enfant décroche.
Les signes qui doivent attirer l'attention
Aucun de ces signes, pris isolément, ne signifie qu'un enfant est dyscalculique. C'est leur accumulation, et surtout leur persistance, qui justifie un dépistage.
Vers 5 ans (3e maternelle, grande section)
- Il récite la comptine numérique, mais s'arrête si on lui demande de commencer à 4 plutôt qu'à 1.
- Il compte les objets un à un correctement, puis, à la question « alors, combien y en a-t-il ? », il recompte tout depuis le début : le dernier mot prononcé ne lui dit pas la quantité.
- Il ne reconnaît pas d'un coup d'œil de très petites quantités — deux ou trois objets — et doit les compter.
- Il ne sait pas dire lequel de deux petits nombres est le plus grand.
Vers 6 ans (1re primaire, CP)
- Il compte encore systématiquement sur ses doigts, y compris pour de très petites additions, longtemps après ses camarades.
- Compter à rebours à partir d'un nombre donné lui est très difficile.
- Il écrit 13 quand on lui dicte trente et un, ou l'inverse.
- Les résultats les plus simples ne se mémorisent pas : chaque addition est recalculée entièrement, chaque fois.
Vers 7 ans (2e primaire, CE1)
- Les nombres à deux chiffres restent flous : il hésite sur ce que valent les dizaines et les unités.
- Il ne peut pas estimer un ordre de grandeur, et ne s'aperçoit pas qu'un résultat est absurde.
- L'écart avec la classe se creuse au lieu de se réduire, malgré l'aide apportée.
- Un refus, une angoisse ou des plaintes physiques apparaissent au moment des activités de mathématique.
Difficulté passagère ou trouble durable ?
C'est la question la plus utile, et trois critères aident à y répondre.
- La durée. Une difficulté qui cède en quelques semaines d'attention particulière n'est pas un trouble. Un trouble, lui, résiste.
- L'écart avec le reste. Un enfant en difficulté partout demande une autre lecture qu'un enfant qui n'échoue qu'en mathématique.
- La résistance à l'aide. C'est le critère le plus parlant : si une pédagogie adaptée, appliquée sérieusement pendant plusieurs semaines, ne produit aucun effet, il devient raisonnable de chercher plus loin.
À quel âge dépister ?
Le plus tôt possible, et en tout cas avant l'entrée en 2e primaire (CE1). La raison est simple : les apprentissages de mathématique s'empilent. Un enfant dont la notion de quantité est mal assurée continuera d'apprendre — mais sur des fondations qui ne tiennent pas, et l'écart s'aggravera d'année en année. Repéré tôt, le même enfant bénéficie souvent d'une pédagogie adaptée qui suffit, sans qu'une rééducation soit nécessaire.
Un signe précoce qui compte plus qu'on ne croit
Le subitizing — la capacité de voir immédiatement, sans compter, qu'il y a trois objets — paraît anecdotique. Une analyse menée sur les données de MathEval, en suivant les mêmes enfants de la 3e maternelle à la 2e primaire, montre qu'il n'en est rien : c'est l'épreuve de maternelle qui annonce le mieux le niveau de calcul mental deux ans plus tard, devant toutes les autres.
Autrement dit, un enfant de cinq ans qui doit compter pour savoir qu'il y a trois jetons mérite qu'on y regarde de plus près, même si rien d'autre n'inquiète encore.
Dépister n'est pas diagnostiquer
Un dépistage indique qu'il y a lieu de s'inquiéter et où se situe la difficulté. Il ne pose pas de diagnostic — celui-ci relève d'un bilan complet, mené par un logopède (orthophoniste), un neuropsychologue ou un psychologue, qui tiendra compte de l'histoire de l'enfant, de son fonctionnement global et d'autres causes possibles. Un outil de dépistage, quel qu'il soit, sert à décider s'il faut aller voir plus loin, et à orienter ce bilan. Pas à conclure.
Que faire si plusieurs de ces signes sont présents
- Observer précisément. Notez ce qui échoue, dans quelles conditions, et depuis quand. « Il est nul en math » n'aide personne ; « il recompte depuis 1 chaque fois qu'on lui demande combien il y en a » est une information utile.
- Faire passer un dépistage. C'est ce à quoi sert MathEval : une passation individuelle d'un quart d'heure à vingt minutes, gratuite, qui situe l'enfant par rapport à ceux de son âge, domaine par domaine, et produit un rapport rédigé.
- Consulter, si le dépistage confirme. Le rapport peut être remis au professionnel qui fera le bilan : il lui indique où chercher, ce qui lui fait gagner du temps.
MathEval est un test de dépistage gratuit, conçu par Marc Heremans, psychologue retraité, ancien directeur d'un Centre PMS en Belgique. Il se fait passer sur ordinateur ou sur tablette, par un adulte, à un enfant de 3e maternelle à 2e primaire.
Pourquoi dépister tôt
La distinction entre les performances d'un enfant et les compétences qui les sous-tendent, et ce qu'elle change à l'évaluation.
État de la recherche
Ce que l'on sait aujourd'hui de la dyscalculie, les modèles théoriques, et ce qui reste ouvert.
Ce que le test évalue
Le détail des épreuves, domaine par domaine, et la logique adaptative qui choisit la question suivante.
