À la maison

Aider un enfant qui a des difficultés avec les nombres

En synthèse

Quand un enfant peine en mathématique, la tentation est de lui en faire faire davantage. Ce n'est pas toujours ce qui aide le plus. Ce qui manque, souvent, n'est pas la quantité d'exercices mais la solidité de ce qu'il y a en dessous : savoir combien il y a d'objets, comparer deux quantités, relier un nombre écrit à ce qu'il représente. Cette page décrit ce qu'un parent peut faire à la maison, et ce qu'il vaut mieux laisser à l'école ou à un professionnel.

D'abord, regarder ce qui se passe réellement

Avant de chercher quoi faire, il est utile de savoir l'enfant décroche. « Il est nul en math » ne dit rien d'exploitable ; « il compte les jetons correctement, mais quand je lui demande combien il y en a, il recompte tout depuis le début » dit beaucoup.

Trois observations simples, à faire tranquillement, sans en faire une épreuve :

  • Posez cinq objets sur la table, demandez-lui de compter, puis demandez « alors, combien y en a-t-il ? ». S'il recompte au lieu de répondre, c'est que le dernier mot prononcé ne lui dit pas encore la quantité.
  • Montrez-lui trois objets une seconde, puis cachez-les. Peut-il dire combien il y en avait sans compter ?
  • Demandez-lui de compter à partir de 4, plutôt que depuis 1. Puis de compter à rebours à partir de 9.

Notez ce qui coince, et depuis quand. Ces observations serviront à l'enseignant, et à un professionnel s'il faut en consulter un.

Ce qui aide, dans la vie de tous les jours

Les activités les plus utiles à cet âge ne ressemblent pas à des devoirs. Elles font manipuler des quantités réelles, avec des objets, en parlant.

  • Mettre la table. Combien d'assiettes faut-il ? Et s'il vient quelqu'un de plus ? On en a apporté six, il en manque combien ?
  • Les jeux de dés et de plateau. Ils demandent de lire le dé d'un coup d'œil sans compter les points, d'avancer d'autant de cases, de comparer les positions — pour un coût nul. Les jeux de cartes simples, bataille ou jeux d'appariement, travaillent la comparaison de quantités.
  • Cuisiner. Compter les cuillères, partager en parts égales, doubler une quantité.
  • Les courses. Prendre quatre pommes, estimer si ça tient dans le sac, payer en pièces.
  • Compter à voix haute dans les escaliers, en montant et en descendant. Le comptage à rebours est plus difficile que la comptine, et se travaille rarement à l'école.

Le point commun de ces situations : le nombre y sert à quelque chose. Un enfant qui échoue sur une fiche d'exercices réussit souvent la même opération quand il s'agit de savoir combien de parts de gâteau il reste.

Les doigts : faut-il les décourager ?

À cet âge, il n'y a pas de raison de le faire. Les doigts sont un support de représentation des quantités, et l'un des premiers dont l'enfant dispose. Les lui retirer revient à enlever l'échafaudage avant que le mur tienne.

Ce qui mérite attention est autre chose : un enfant de 7 ou 8 ans qui recompte encore chaque addition sur ses doigts, une unité à la fois, sans qu'aucun résultat ne se soit mémorisé au fil des mois. La question n'est alors pas l'usage des doigts, mais le fait que rien ne se stabilise derrière.

Le travail à la maison : quelques repères

  • Court et régulier. Dix minutes plusieurs fois par semaine valent mieux qu'une heure le dimanche.
  • Ne pas refaire l'école à la maison. Reprendre la leçon du jour une deuxième fois, avec un adulte fatigué et un enfant qui l'est aussi, produit surtout de la tension. Jouer est souvent plus productif.
  • S'arrêter avant l'énervement — celui de l'enfant comme le sien. Une séance qui se termine mal coûte plus qu'elle ne rapporte.
  • Éviter les comparaisons avec un frère, une sœur ou un camarade. L'enfant les entend même quand elles ne sont pas dites.
  • Prévenir l'enseignant de ce que vous observez à la maison, et lui demander ce qu'il observe en classe. Les deux tableaux ne se recouvrent pas toujours.

Quand la mathématique devient angoissante

Chez certains enfants, la difficulté s'accompagne assez vite d'un refus, de larmes, de maux de ventre le matin des leçons de mathématique. Cette anxiété a ses effets propres : un enfant tendu mobilise moins de ressources pour réfléchir, échoue davantage, et confirme ainsi ce qu'il craignait.

Deux choses semblent aider : séparer nettement les moments de mathématique des moments de conflit — ne pas transformer les devoirs en bras de fer —, et rendre à l'enfant des réussites accessibles, quitte à revenir à un niveau où il est à l'aise. Si l'angoisse est installée, elle mérite d'être évoquée avec le professionnel qui suit l'enfant, au même titre que les difficultés de calcul.

Ce qui aide moins qu'on ne le pense

  • Multiplier les fiches d'exercices. Répéter une procédure que l'enfant n'a pas comprise l'installe telle quelle, erreurs comprises.
  • Faire apprendre les tables par cœur avant que les quantités soient en place. La mémorisation vient s'appuyer sur la compréhension, plutôt que l'inverse.
  • Les applications de calcul chronométrées. Elles conviennent à l'enfant qui a déjà compris et veut aller plus vite ; pour les autres, elles ajoutent de la pression à un endroit déjà douloureux.
  • Attendre que ça passe. Les apprentissages de mathématique s'empilent : un enfant dont la notion de quantité est mal assurée continue d'apprendre, mais sur des fondations fragiles, et l'écart se creuse plutôt qu'il ne se comble.

Quand demander un avis extérieur

Il devient raisonnable de chercher plus loin quand la difficulté dure malgré une aide sérieuse, quand elle ne touche que la mathématique alors que le reste va, et quand l'écart avec la classe s'aggrave d'une année à l'autre. La page Repérer une dyscalculie chez un enfant de 5 à 8 ans détaille ces signes, âge par âge.

Un dépistage est une étape intermédiaire utile : il situe l'enfant par rapport à ceux de son âge et indique dans quel domaine précis il décroche, ce qui oriente la suite. MathEval se fait passer par un adulte, en un quart d'heure à vingt minutes, et produit un rapport rédigé que vous pouvez remettre au professionnel consulté ensuite.

Un dépistage ne pose pas de diagnostic. Celui-ci relève d'un bilan complet, mené par un logopède (orthophoniste), un neuropsychologue ou un psychologue.

MathEval est un test de dépistage gratuit, conçu par Marc Heremans, psychologue retraité, ancien directeur d'un Centre PMS en Belgique. Il se fait passer sur ordinateur ou sur tablette, par un adulte, à un enfant de 3e maternelle à 2e primaire.

Repérer la dyscalculie

Les signes observables entre 5 et 8 ans, et comment distinguer une difficulté passagère d'un trouble durable.

Comment se passe un dépistage

Ce dont vous avez besoin, le déroulement de la passation, et ce que contient le rapport.

Et à l'école ?

Ce que l'enseignant peut mettre en place, comment en parler, et le rôle du centre PMS en Belgique.