Ce que le test évalue

Le sous-test Chaîne numérique

En une phrase : ce que l'enfant sait faire de la suite des nombres — pas seulement la réciter, mais aussi la manipuler.

Les épreuves se suivent dans l'ordre ci-dessous ; chacune n'est proposée que si les résultats à la précédente le justifient.

VoletÉpreuveCe qui est demandé
Réciter1. Comptine« Jusqu'où sais-tu compter ? »
Manipuler2. Compter entre deux bornes« Compte de 4 à 9. » En cas d'échec, on demande de compter jusqu'à une borne supérieure, puis à partir d'une borne inférieure
3. Compter par pasPar pas de 2, de 5 et de 10. Les trois pas sont toujours posés
4. Compter à reboursCompter à rebours depuis 9, puis depuis 16
5. Suivant et précédent (épreuve ajoutée après l'étalonnage)« Quel nombre vient juste après et juste avant un autre nombre ? »

Organigrammes des questions posées

Les organigrammes de ce sous-test sont rassemblés avec ceux des autres épreuves sur une page unique : les six organigrammes de la chaîne numérique.

Les cinq stades

Selon ses réponses, l'enfant est situé par rapport à cinq stades de maîtrise de la chaîne numérique (Fuson, Richards et Briars, 1982), présentés sur la page État de la recherche.

Quelques éléments de réflexion et d'analyse

Le sens de chaque épreuve

La connaissance de la comptine est un préalable nécessaire, mais non suffisant : on ne peut pas demander à un enfant de compter entre 4 et 9 s'il ne connaît pas la suite jusque 9. En tant que telle, elle n'est pas prédictive des apprentissages futurs, contrairement à la manipulation de la chaîne numérique (voir plus bas).

Le comptage entre deux bornes marque le passage du deuxième au troisième stade de la chaîne numérique, de la chaîne insécable à la chaîne sécable. Savoir manipuler la chaîne numérique est une compétence nécessaire pour effectuer des calculs mentaux. Pour résoudre 7 + 3 par surcomptage, par exemple, l'enfant doit pouvoir démarrer à 7 : celui qui doit à chaque fois repartir de 1 ne disposera pas des ressources cognitives suffisantes pour calculer, même s'il récite parfaitement.

Compter par pas. Les pas de 10, par exemple, entretiennent un lien avec la compréhension de la numération décimale : l'enfant qui compte de dix en dix sans hésiter commence à voir la dizaine comme une unité d'un rang supérieur.

Compter à rebours. Un enfant qui connaît bien la chaîne numérique mais ne sait pas compter à rebours sera dans l'impossibilité d'effectuer une soustraction par décomptage, par exemple. Il dispose d'une chaîne apprise, non d'une chaîne manipulable.

Réciter n'est pas manipuler

Dessin humoristique : « Écrivez le plus grand nombre possible » (l'enfant a écrit 1 sur le tableau)

Le sous-test Chaîne numérique produit deux scores différents : celui de la récitation de la chaîne numérique, et celui de sa manipulation (compter entre deux bornes, par pas, à rebours). Ces deux scores n'ont pas le même pouvoir prédictif :

  • le score de récitation seul corrèle à r = ,535 avec le score total du test, le score de manipulation à r = ,78 ;
  • à niveau mathématique global constant, le score de récitation ne corrèle pratiquement plus avec le score de comptine (r = −,076), alors que le score de manipulation y reste corrélé (r = ,971).

Connaître la comptine numérique semble donc être une conséquence du niveau en mathématiques plutôt qu'une cause. C'est la raison pour laquelle le rapport propose deux scores différents. Le détail de ces analyses figure sur les pages Corrélations 2011 et Suivi longitudinal.

Ce que dit la recherche

Les habiletés de manipulation de la chaîne numérique figurent parmi les prédicteurs précoces des apprentissages mathématiques. Gasteiger (2025, chap. 9) en cite trois : compter en avant (counting forward), compter à partir d'un nombre (counting on) et compter à rebours (counting backwards). Mesurées avant l'entrée à l'école, elles prédisent la réussite en mathématiques à l'école primaire, et même au secondaire (Aragón et coll., 2016 ; Desoete & Grégoire, 2006 ; Nguyen et coll., 2016 ; Zhang et coll., 2014, 2020). Le sous-test Chaîne numérique évalue chacune de ces trois habiletés : la comptine, « Compter entre deux bornes » et « Compter à rebours ».

  • Gasteiger (2025, chap. 9) recommande, pour un enfant en difficulté lors d'un dépistage collectif, de vérifier en passation individuelle s'il sait compter en avant, compter à partir d'un nombre et compter à rebours.
  • Rainville (in Lafay & Villain, 2024, chap. 17) range les suites numériques à compléter (par exemple 6, …, 8) parmi les prédicteurs de difficultés en mathématiques, une tâche voisine de l'épreuve « Suivant et précédent ».
  • Chez les enfants qui présentent un trouble du langage, la récitation de la suite des nombres pose problème : le répertoire de mots-nombres est plus limité, les séquences récitées sont plus courtes, et ces difficultés persistent à l'école primaire (Fazio, 1994 ; Arvedson, 2002 ; Kleemans et coll., 2011, cités par Pötzl et coll., 2025, chap. 3).
  • Le contrôle exécutif regroupe l'inhibition (écarter ce qui n'est pas pertinent), la flexibilité mentale (passer d'une tâche ou d'une stratégie à une autre) et la mise à jour de l'information en mémoire de travail ; chez de jeunes enfants, on l'estime par un score composite de ces trois mesures (Clark et coll., 2013, cités par Rousselle, in Lafay & Villain, 2024, chap. 10). Chez des enfants de 4-5 ans, un niveau de contrôle exécutif plus faible s'accompagne d'un vocabulaire numérique plus réduit et d'une chaîne numérique verbale plus restreinte et moins élaborée : plus de difficultés à compter à partir d'un nombre ou jusqu'à un nombre, et à compter de x en x à partir de n (Noël, 2009, cité par Rousselle, in Lafay & Villain, 2024, chap. 10).

Références. Fuson, K. C., Richards, J. & Briars, D. J. (1982). The acquisition and elaboration of the number word sequence. Dans C. J. Brainerd (dir.), Children's Logical and Mathematical Cognition, Springer.

Gasteiger, H. (2025). Diagnosing and supporting students with difficulties in learning mathematics — a mathematics education perspective. Dans Y. Gliksman, L. Kaufmann & A. Henik (dir.), Developmental Dyscalculia: From Brain Mechanisms to Educational Applications (chap. 9, p. 187-200). Academic Press.

Pötzl, N., von Aster, M., Wagner, L. & Ehlert, A. (2025). The role of language in developing mathematics and mathematical difficulties. Dans Y. Gliksman, L. Kaufmann & A. Henik (dir.), Developmental Dyscalculia: From Brain Mechanisms to Educational Applications (chap. 3). Academic Press.

Rousselle, L. (2024). Les fondements cognitifs des difficultés d'apprentissage en mathématiques. Dans A. Lafay & M. Villain (dir.), Troubles de la cognition mathématique, de la compréhension aux interventions (chap. 10). Paris : De Boeck.

Rainville, G. (2024). Dépistage précoce des difficultés en mathématiques. Dans A. Lafay & M. Villain (dir.), Troubles de la cognition mathématique, de la compréhension aux interventions (chap. 17). Paris : De Boeck.